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Travailler avec un trouble psychique

01/10/2017

Les bénéfices de la pair-aidance par Alice Vignaud, consultante en santé mentale et pair-aidante

Alice-Vignaud

Être pair aidant en santé mentale : accompagner de façon innovante le salarié, atteint d’un trouble psychique, pour améliorer son bien-être, l’aider à se stabiliser et booster ses performances au profit de l’entreprise.

Un objectif de performances partagé.

En réalité, le salarié et l’entreprise partagent un même objectif : que le salarié aille au mieux et puisse travailler dans les meilleures conditions afin de concourir à la réussite de l’entreprise. Si le licenciement reste souvent le premier réflexe face à une situation rendue complexe à cause de la manifestation de troubles psychiques, cette résolution de problème n’est souhaitable ni pour l’un ni pour l’autre et le renvoi est tout à fait évitable, du moment que le salarié et l’entreprise soient bien accompagnés conjointement. Fort heureusement, nous pouvons remarquer une grande évolution des mentalités ces derniers temps et les entreprises sont de plus en plus nombreuses à prendre au sérieux la problématique des troubles psychiques, souhaitant être informées pour mieux pouvoir y faire face, de façon responsable et humaine.

Accompagner ses pairs vers le rétablissement.

Le pair aidant est une personne qui connaît ou a connu un trouble psychique et qui utilise son vécu pour pouvoir accompagner ses pairs, ayant une maladie identique ou similaire, vers leur propre rétablissement. Le rétablissement, contrairement à la guérison, ne signifie pas que la maladie ait disparue, mais que la personne est capable de mener une vie familiale, sociale et professionnelle satisfaisante et épanouissante en dépit de la maladie. Il peut y avoir bien souvent des symptômes persistants en dehors des crises, mais les personnes en apprenant à gérer la maladie de façon autonome, comme on pourrait gérer un diabète, vont pouvoir soigner ces symptômes et se stabiliser, c’est-à dire ne plus faire de crises, grâce aux traitements médicamenteux, maintenant très efficaces, des thérapies, telle que la méditation de pleine conscience, une bonne hygiène de vie et des stratégies d’adaptation.

Le pair aidant étant un vecteur d’espoir, de normalisation et un modèle d’identification, il participera à la motivation de la personne, lui ouvrira un champ des possibles pour qu’elle parvienne à se projeter dans une vie réussie et l’aidera à entrer dans une dynamique de changement et de reprise en main.[1]

Il faut savoir que si le rétablissement permet de travailler dans de bonnes conditions, le travail favorise lui aussi le rétablissement : il permet à la personne de répondre à tous ses besoins, des besoins physiologiques au besoin d’accomplissement de soi, et ainsi il permet de créer du lien social et donne une reconnaissance, un statut, des projets et des objectifs, lui permettant de réaliser ses rêves et ses ambitions et de valoriser ses compétences et ses talents.

Sur le plan professionnel.

Le pair aidant peut intervenir auprès du salarié sur différents points : l’aider à autogérer sa pathologie, lui permettre de repérer les signes avant-coureurs de sa maladie pour agir rapidement, identifier les facteurs qui risqueraient de déclencher une rechute, définir les thérapies qui pourraient l’aider, afin de limiter l’impact de la maladie et de savoir si il a des besoins d’aménagement de poste, de formation ou de réorientation. Il s’agit aussi pour le salarié de prendre conscience de ses forces et de ses limites pour ainsi retrouver toutes ses capacités et son potentiel pour travailler de façon satisfaisante pour l’entreprise.

Contrairement aux idées reçues, la personne qui a une maladie psychiatrique n’est pas faible, mais forte, puisque, là où les autres n’ont aucun effort à faire, elles, se battent au quotidien pour arriver à vivre comme tout le monde, ce sont en quelques sortes des anti-héros du quotidien. Elles ont ainsi, bien souvent, grâce à la maladie, pu acquérir des compétences supplémentaires, qu’on pourrait rapprocher de l’intelligence émotionnelle : courage, empathie, sensibilité, ouverture, créativité, et à force de franchir les obstacles, une grande capacité d’adaptation et de résolution de problèmes. Toutes ses compétences sont tout à fait transposables à l’entreprise.

Il faut aussi rappeler que les troubles psychiques n’affectent pas les capacités intellectuelles et il existe un certain nombre de personnes avec des troubles bipolaires, par exemple, qui ont été diagnostiquées personnes à haut potentiel, souvent sur le tard.

Accompagner l’entreprise et l’entourage professionnel.

Le pair aidant est aussi, bien-sûr, un atout de l’entreprise, il connaît à la fois les préoccupations du salarié et celles de l’entreprise et il permet de favoriser le dialogue et la compréhension entre chacune des parties prenantes pour améliorer la situation. Bien souvent, le salarié, touché par les troubles, vit dans la crainte du licenciement et de la stigmatisation, le pair aidant va pouvoir le rassurer sur sa situation et permettre de co-construire, avec toutes les personnes impliquées, les solutions qui conviennent au salarié et à l’entreprise.

Les entreprises sont souvent démunies lorsqu’il s’agit de troubles psychiques et ne voient pas comment résoudre le problème, ni comment il est possible d’adapter le poste. Or, des solutions existent : d’un côté, le salarié peut reprendre le pouvoir sur sa maladie pour éviter les rechutes et se stabiliser, apprendre à mieux gérer son stress, ses émotions, renforcer d’éventuels déficits cognitifs, éviter un poste trop fatigant, trop stressant, à horaires décalés ou avec trop de décalages horaires ; de l’autre côté, l’entreprise peut tenir compte qu’il s’agit d’une personne qui souffre lorsque la maladie se manifeste, être attentif à son état, à son bien-être, s’appuyer sur ses forces et ses compétences, ne pas accentuer ses fragilités, ni la mettre en situation de stress, de surmenage ou de conflit pour ne pas la mettre en difficulté, mais en situation de réussite. Il s’agit aussi de commencer par croire en ses capacités et en son potentiel et lui redonner confiance en elle, pour qu’elle retrouve une bonne estime d’elle-même. Enfin, l’entreprise peut aussi favoriser les facteurs favorables à sont rétablissement comme le management positif, la cohésion d’équipe et en lui proposant du travail à la hauteur de ses compétences. L’essentiel au final étant de pouvoir dialoguer avec bienveillance.

Des bénéfices pour tous les salariés.

Améliorer le bien-être des personnes avec un trouble psychique c’est aussi améliorer le bien-être de tous les salariés et prévenir les rechutes ou le déclenchement des maladies. Et lorsqu’on connaît le taux de personnes touchées par les troubles psychiques en entreprise et le coût de l’absentéisme et du présentéisme qui en découle, les mesures prises pour améliorer le bien-être et la prise en charge des personnes avec un trouble se révèlera certainement rentable.

Enfin, si la psychiatrie concerne les malades, la santé mentale nous concerne tous, nous avons tous un capital de santé mentale fluctuant au cours de la vie, dont nous devons tous prendre soin. La vie professionnelle ayant une grande importance dans la vie de chacun, il faut qu’elle puisse avoir un impact positif sur notre santé.

[1] Sur les bénéfices du pair aidant : Repper, J. et Tim Carter (2010). Using personal experience to support others with similar difficulties. A review of the literature on peer support in mental health services. The University of Nottingham. Together for mental wellbeing. Royaume-Uni.

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Alice VIGNAUD fait partie du réseau de pair-aidants Ariane Conseil. Elle intervient régulièrement pour apporter son expertise lors de journée de sensibilisations ou de formations plus pointues sur la santé mentale et les troubles psychiques. Elle accompagne également des salariés en binôme avec un psychologue du travail du cabinet.

Découvrez notre offre santé mentale et troubles psychiques en vidéo : cliquez ici

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1 pers. sur 4 est amenée à souffrir de troubles psychiques au cours de sa vie