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Les activités répétitives : une norme pour prévenir et agir

18/10/2016

Le 30 septembre dernier l’AFNOR organisait une rencontre autour de la norme X35 119, une norme qui aborde la question des manipulations à fréquence élevée et des tâches répétitives au niveau des membres supérieurs. Camille Laveau* et Charlotte Chevauché*, consultantes ergonomes au sein du cabinet Ariane Conseil ont participé à cette rencontre et vous apportent leur éclairage de praticiennes.

Une rencontre pour comprendre la norme

Animée par J.F. Cholat (EDF), président de la commission de normalisation Afnor « Ergonomie », cette matinée a été l’occasion de faire intervenir des organismes préventeurs (INRS), des centres techniques (OPPBTP) ainsi que des entreprises ayant testé la mise en application de ladite norme (PSA, Plastic Omnium, EDF).
« De fait, la normalisation en ergonomie couvre un vaste champ d’applications, telles que, par exemple, les efforts physiques, le port de charges, l’environnement physique de travail etc. La norme X35-119 en est une illustration. Son objet permet d’aborder une thématique importante dans les démarches pénibilité, amélioration des conditions de travail et plus largement les politiques de santé au travail de  nos clients », souligne Camille Laveau. Ne serait-ce qu’à ce titre, il était important de participer à cette réunion d’échanges et de partage.

 Une norme, pour quoi faire ?

« La norme X35 119 est une norme de prévention et non de réparation. Elle a pour objectif de contribuer à la réduction des effets à court et long terme des activités répétitives sur les membres supérieurs » explique Charlotte Chevauché.
S’agissant des facteurs de risque liés aux gestes répétitifs, on considère qu’ils sont multiples. Parmi eux, la vitesse d’exécution, la position articulaire et la force sont les facteurs prépondérants. Les effets sur la santé sont variables (fatigue, douleurs, objectifs quantitatifs ou qualitatifs non atteints, accidents du travail, maladies professionnelles comme les TMS du membre supérieur) et représentent autant de déterminants que l’entreprise doit pouvoir appréhender. Ce postulat étant posé, la question qui se pose est alors celle-ci : comment peut-on repérer ces facteurs et mesurer le niveau de risque sans faire pour autant l’usage d’outils complexes ?

Evaluer à travers le calcul d’un score

La norme X35 119 propose d’évaluer la manipulation à fréquence élevée par l’obtention simple d’un score. Il s’agit de la méthode simplifiée d’évaluation par checklist de plusieurs indicateurs. Cette méthode permet d’engager directement des actions, de classer les tâches en fonction du risque et donc de prioriser les actions. Testée chez Plastic Omnium, l’évaluation par checklist a été appliquée sur la tâche de montage des roulettes sur bac. Elle a permis une appréciation rapide du risque, une identification claire des facteurs à travailler en priorité et in fine d’agir concrètement en formulant des préconisations avec les acteurs internes de la prévention de la santé au travail.  La norme X35 119 offre aussi une méthode d’évaluation pondérée permettant une évaluation plus fine. Elle est basée sur le nombre d’actions techniques par minute sur un cycle de travail. Elle nécessite également la prise en compte de plusieurs facteurs de correction (contrainte d’effort, de posture, de temps, d’exécution, d’organisation). Cette méthode classe les résultats en 3 zones de risque définies en fonction de valeurs seuils (inacceptable, acceptable sous conditions, acceptable ainsi qu’un seuil à risque minimum). Là encore, les résultats permettent de visualiser, de situer clairement le niveau de risque pour mettre en œuvre au besoin une analyse approfondie ou des actions correctives.

Une pertinence tributaire du secteur d’activité

« La norme X35 119 n’est toutefois pas pertinente pour tous les métiers présentant des tâches à caractère répétitif », tempère Camille Laveau.  En effet, parmi les conditions pour l’utiliser, il est précisé que la fréquence d’actions techniques par minutes doit être >20. Or, ce cas de figure se retrouve essentiellement dans l’industrie, sur les chaînes de montage. D’ailleurs, l’INRS rappelle qu’entre 2005 et 2013, la répétitivité déclarée a augmenté « particulièrement chez les ouvriers dans toutes les classes d’âge ».
Pour les domaines où des tâches à gestes répétés sont identifiées mais où le nombre d’actions par minute est <20, il peut être malgré tout intéressant d’évaluer la notion de répétitivité dans le cadre d’un diagnostic pénibilité notamment, ou simplement pour promouvoir le confort au travail. Pour ces cas-là, mieux vaut utiliser l’outil RULA (Rapid Upper Limb Assessment) par exemple qui évalue les contraintes sur les membres supérieurs en intégrant le facteur de fréquence.

Une norme comme cadre de référence pour l’ergonome

En tout état de cause, l’unique application d’une norme ne peut se suffire à elle-même. L’utilisation d’outils ou de normes ne peut exonérer l’entreprise du regard que l’expert porte sur une situation de travail.
En effet l’application de la norme X35 119 nécessite un travail de comptage très rigoureux des actions répétées par minute, qu’il est difficile à réaliser sans le point de vue de l’ergonome (utilisation de séquences vidéo, découpages en sous-tâches etc.). L’observateur doit également déterminer les coefficients correcteurs à appliquer, notamment pour les contraintes d’effort et de posture. Là encore, l’expérience analytique de l’ergonome est indispensable puisque l’observation de l’activité est sous tendue par des notions précises relatives à la contrainte biomécanique ou bien demande d’utiliser des instruments de mesure spécifiques comme le dynamomètre par exemple.
Ces aspects nous amènent à conclure que l’approche normative peut représenter un cadre de référence utile mais aussi que l’avis de l’ergonome reste fondamental. Son acuité dans l’observation et sa maîtrise des instruments de mesure permettent une application fiable et pertinente de la norme sur le terrain.

* Camille Laveau et Charlotte Chevauché sont habilités Intervenantes en Prévention des Risques Professionnels (IPRP) et détentrices du titre d’ergonome européen. Elles interviennent dans le cadre de démarches de maintien dans l’emploi de collaborateurs en situation de handicap mais aussi démarches collectives d’amélioration des conditions de travail ou encore de réduction et prévention de la pénibilité.

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Normes AFNOR : de quoi parle-t-on ?
L’application d’une norme n’est pas obligatoire comme peuvent l’être les lois ou décrets. Une réglementation peut toutefois rendre obligatoire tout ou partie d’une norme.
Il s’agit d’un document élaboré par consensus au sein d’une commission de normalisation sollicitant toutes les parties intéressées (préventeurs, ergonomes, ingénieurs et chercheurs, médecins du travail, centres techniques, pouvoirs publics). Son adoption est précédée d’une enquête publique.
La norme fait l’objet de révisions régulières pour évaluer sa pertinence dans le temps.

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